Porter plainte pour violences : ce qu’on ne dit pas

Porter plainte pour violences : ce qu’on ne dit pas

Porter plainte pour violences : ce qu’on ne dit pas

On pousse souvent les victimes à porter plainte. Et c’est fait avec de bonnes intentions — parce que les choses changent quand les victimes parlent, parce que chaque plainte compte, parce que le silence protège ceux qui font du mal.

Mais il y a une réalité qu’on oublie presque toujours de dire avant.

42% des affaires de violences conjugales sont classées sans suite. Pour les viols et tentatives de viol, le taux de poursuites réelles tombe à environ un tiers. Ces chiffres ne sont pas là pour décourager — ils sont là parce que ne pas les connaître, c’est risquer de tomber de haut. Et tomber de haut quand on est déjà fragilisé(e), ça coûte cher.

Porter plainte — oui. Mais depuis quel endroit. Et avec quelles attentes. C’est de ça dont on parle aujourd’hui.

Ces sujets font l’objet d’une série de vidéos disponible sur ma chaîne YouTube : « Violences : se taire n’est plus une option ». Chaque vidéo aborde une étape concrète

Deux autres articles à lire : « Violences : pourquoi si peu de victimes parlent » et « La plus grande victoire : se reconstruire après les violences« .

Depuis quel endroit porter plainte — la vraie question

Porter plainte, c’est un acte. Et comme tous les actes importants, ce qui compte autant que ce qu’on fait, c’est d’où on le fait.

Je propose toujours de se poser ces questions avant : 

Est-ce que je le fais pour qu’il/elle soit puni(e) ? Pour être enfin protégé(e) par un papier officiel ? Parce que les autres me poussent à le faire ? Parce que j’ai peur de regretter de ne pas l’avoir fait ?

Ou est-ce que je le fais pour moi. Pour laisser une trace. Pour me reconnaître officiellement comme victime. Pour être en paix avec ce que j’ai traversé et peu importe le résultat judiciaire.

La différence — ce n’est pas ce qu’on fait. C’est d’où on le fait.

Quand on porte plainte dans l’attente que le système répare ce qui a été brisé, on lui donne du pouvoir sur sa reconstruction. On reste dans l’attente. Et si le résultat n’est pas celui espéré, et souvent il ne l’est pas, on repart de zéro.

Quand on porte plainte depuis un endroit solide en soi, parce que c’est juste, parce que c’est son droit, parce que ça lui appartient, le résultat judiciaire ne définit plus la reconstruction. Il est ce qu’il est. Mais la vie, elle, continue.

Ce n’est pas toujours possible d’être dans cet endroit-là immédiatement. Ça se prépare. Et c’est pour ça qu’un accompagnement avant le dépôt de plainte peut changer vraiment la façon dont on le vit.

 

 

Se préparer concrètement — ce que ça implique vraiment

Porter plainte ne s’improvise pas. Pas parce que c’est compliqué, mais parce que s’y préparer change tout à la façon dont on le traverse.

Avant le dépôt de plainte

Rassemblez ce que vous avez. Tous les messages, même anciens, même anodins. Les certificats médicaux. Les photos. Les noms de personnes qui ont pu être témoins, directement ou indirectement. Notez les dates, les faits, les circonstances avec le plus de précision possible. J’explique en détails cette étape dans l’article « Violences : pourquoi si peu de victimes parlent »

Rapprochez-vous d’une association d’aide aux victimes avant d’aller au commissariat ou à la gendarmerie. Ces associations — joignables via le 116 006 ou directement via votre CCAS — peuvent vous accompagner lors du dépôt de plainte, vous expliquer la procédure, et s’assurer que vous êtes entendu(e) dans de bonnes conditions. Ce n’est pas une obligation, mais c’est une aide précieuse.

Si possible, consultez un(e) avocat(e) spécialisé(e) en droit des victimes. Certains proposent une première consultation gratuite. L’Aide Juridictionnelle peut couvrir les frais si vos ressources le permettent.

Pendant l’audition

L’audition — c’est souvent deux heures, parfois plus. On vous demande de raconter. De nommer. Tout nommer. Dans le détail. Dans l’ordre. Face à quelqu’un qui prend des notes.

C’est épuisant. C’est déstabilisant. Et c’est normal de ne pas s’en souvenir parfaitement dans l’ordre, de se sentir dans un état second, de sortir de là sans savoir vraiment ce qu’on ressent.

Vous avez le droit d’être accompagné(e) par une personne de votre choix. Vous avez le droit de demander des pauses. Vous avez le droit de relire votre déposition avant de la signer et de demander des corrections si quelque chose ne correspond pas à ce que vous avez dit.

Après l’audition

Ce qui arrive après, personne ne le prépare vraiment. Et c’est souvent là que ça fait le plus mal.

Pas le soulagement attendu. Pas la fierté, elle est là, quelque part, mais elle passe en dernier. Ce qui arrive d’abord c’est un vide. Une fatigue immense. Parfois une douleur nouvelle. Parce que nommer devant des gens, dans un cadre officiel, avec des mots précis, ça rend réel ce qu’on avait peut-être encore mis un peu à distance.

C’est un deuxième choc. Et il mérite d’être accompagné lui aussi.

Les nuits peuvent devenir difficiles. L’appétit peut disparaître. Des pensées de regret peuvent arriver, est-ce que j’aurais dû ? Ce n’est pas un signe que vous avez eu tort. C’est le signe que vous avez posé un acte immense, et que votre être a besoin de temps pour l’intégrer.

Ne vous jugez pas sur ces ressentis. Chacun(e) a son rythme pour digérer. Et le vôtre est le bon.

 

 

Et si c’est classé sans suite

La réponse tombe. Affaire classée sans suite.

La déception. La colère. Le sentiment d’injustice profond. Et cette pensée « On ne m’a pas crue. Ça ne sert à rien. Je n’aurais pas dû parler ».

Je veux m’arrêter là. Parce que cette pensée est fausse.

Classé sans suite ne veut pas dire qu’on ne vous a pas cru(e). Ça ne veut pas dire qu’il/elle n’est pas coupable. Ça ne veut pas dire que ce que vous avez vécu n’était pas réel. Ça veut dire une seule chose : le dossier ne remplit pas les critères légaux pour des poursuites au regard des preuves disponibles. C’est le système. Pas vous.

Et ce système est défaillant, on l’a dit. 42% des plaintes pour violences conjugales classées sans suite. 86% pour les violences sexuelles. Ce n’est pas une exception. C’est la réalité de la majorité.

Si vous recevez un classement sans suite, des options existent. Vous pouvez faire appel de cette décision. Dans certaines situations, une procédure civile est possible en parallèle. Vous avez le droit de changer d’avocat(e). Et chaque affaire qui va plus loin fragilise un peu plus un système qui se croit imperméable.

Mais parfois, on n’a pas cette énergie-là. Et c’est légitime. Ce n’est pas abandonner. C’est choisir de mettre son énergie ailleurs. En soi. Dans ce qu’on construit.

 

Votre vérité existe. Elle vous appartient. Et elle n’a pas besoin d’être validée par un tribunal pour être vraie.

La reconstruction ne commence pas le jour du jugement. Elle commence maintenant. Pendant l’attente. Quelle que soit l’issue. Parce que votre vie ne peut pas dépendre d’une décision judiciaire.

 

 

Ressources et accompagnement

Si vous traversez une situation difficile, ou si vous pensez à quelqu’un qui la traverse, des ressources existent.

📞 3919 — Violences Femmes Info. Gratuit, anonyme, disponible du lundi au vendredi de 9h à 19h, le week-end de 9h à 17h.

📞 119 — Enfance en danger. Gratuit, anonyme, disponible 24h/24. Si vous pensez qu’un enfant est en danger.

🏢 Le CCAS de votre commune — Centre Communal d’Action Sociale. Souvent méconnu, c’est pourtant l’un des premiers endroits vers lesquels se tourner. Présent dans chaque commune, le CCAS peut vous orienter vers les dispositifs d’aide existants localement, hébergement d’urgence, soutien psychologique, aide juridique, accompagnement social. Les professionnels qui y travaillent sont formés pour accueillir ces situations avec discrétion et sans jugement. Renseignez-vous auprès de votre mairie pour trouver les coordonnées de votre CCAS.

🌿 Un accompagnement personnalisé avec Clotilde — Petit Pas pour Soi

Parfois on ne sait pas par où commencer. On est perdu(e) entre les ressources disponibles, les démarches à faire, et ce qu’on ressent vraiment.

Je propose un premier échange téléphonique de 30 minutes — gratuit, sans engagement. Pour faire le point ensemble sur votre situation, vous orienter vers les ressources adaptées, et voir si un accompagnement peut vous aider à avancer.

Je ne remplace pas les professionnels du droit ou du social — mais je peux être ce premier pas vers quelqu’un qui écoute vraiment, qui connaît ces situations de l’intérieur, et qui sait vers qui vous orienter.

📩 clotilde@petitpaspoursoi.com

Pour aller plus loin

Le guide « Pour ne plus subir » — gratuit, téléchargeable en ligne. Pour mettre des mots sur ce que vous vivez, comprendre les mécanismes, et trouver les premières ressources concrètes.

Le podcast « De subir à choisir » — un nouvel épisode chaque samedi à 10h sur YouTube et Spotify. Pour avancer à votre rythme, comprendre ce qui se passe vraiment dans ces situations.