Violences : pourquoi si peu de victimes parlent

Violences : pourquoi si peu de victimes parlent
En France, seulement 6% des victimes de violences sexuelles déposent plainte. Pour les violences conjugales, c’est environ une victime sur six. Pour les violences physiques hors couple, encore moins. Ces chiffres ne disent pas que les victimes manquent de courage. Ils disent que quelque chose dans notre système, social, judiciaire, culturel, rend la parole dangereuse, ou du moins perçue comme telle.
Derrière ces statistiques, il y a des histoires réelles. Des personnes qui savent. Qui vivent quelque chose d’inacceptable. Et qui se taisent. Pas par faiblesse. Pour des raisons précises, compréhensibles, et souvent méconnues. Cet article est là pour les nommer.
Ces sujets font l’objet d’une série de vidéos disponible sur ma chaîne YouTube : « Violences : se taire n’est plus une option ». Chaque vidéo aborde une étape concrète : pourquoi on ne parle pas, comment rassembler des preuves, le dépôt de plainte, l’après.
Deux autres articles à lire : « Porter plainte pour violence : ce qu’on ne dit pas » et « La plus grande victoire : se reconstruire après les violences« .
Ce que vivent les victimes — et pourquoi elles ne parlent pas
La honte — une construction, pas une réalité
La honte est l’un des premiers obstacles à la parole. Elle s’installe progressivement, souvent entretenue par la personne qui fait du mal. « Tu exagères. » « C’est ta faute. » « Personne ne te croira. »
Et à force d’entendre ça, on finit par le croire.
Cette honte n’est pas naturelle. Elle a été construite. Mise là pour protéger l’agresseur et faire taire la victime. Et tant qu’on ne la démonte pas, collectivement et individuellement, elle continue de faire son travail.
Ce qui est arrivé ne définit pas ce que vous valez. Ce n’est pas votre faute. Et vous n’avez rien à faire pour mériter d’être entendu(e).
La peur : des représailles, du système, de ne pas être cru(e)
Parler, c’est prendre un risque réel. Peur de la réaction de l’agresseur. Peur de perdre son logement, ses enfants, son travail. Peur d’affronter une procédure longue et épuisante. Peur d’être remise en question par ceux qui étaient censés protéger.
Ces peurs sont légitimes. Elles ne sont pas irrationnelles, elles sont basées sur une réalité que beaucoup de victimes ont vécue.
42% des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite. 86% pour les violences sexuelles. Le système a des failles profondes. Et les victimes le savent, ou le ressentent. Alors elles anticipent. Et elles se taisent.
Les croyances qui maintiennent dans le silence
Il y a aussi des freins moins visibles. Des croyances installées profondément, parfois depuis l’enfance, parfois renforcées par des convictions religieuses ou spirituelles.
« Le mariage est sacré. » « On ne trahit pas sa famille. » « Cette épreuve est là pour m’apprendre quelque chose. » « Si je travaille assez sur moi, les choses vont changer. »
Ces croyances ne sont pas stupides. Elles viennent d’un endroit sincère. Mais elles peuvent devenir un piège, en demandant à la personne qui souffre de continuer à souffrir. Au nom d’un engagement. D’une leçon. D’une mission.
Aucune situation qui détruit mérite d’être acceptée au nom de quoi que ce soit.
Le choc et la sidération — le corps qui protège
Quand on vit quelque chose de violent, le cerveau fait quelque chose de tout à fait normal. Il protège. Il met à distance. On continue à fonctionner, à faire le café, à aller travailler, comme si rien ne s’était passé.
Ce n’est pas de la naïveté. C’est une réponse neurologique au trauma.
Et dans cet état, penser à rassembler des preuves, appeler le 3919, envisager une plainte, c’est souvent la dernière chose qui vient. Pendant ce temps, les traces physiques s’effacent. Les bleus disparaissent. Et quand on commence à réaliser vraiment ce qui s’est passé, on se dit qu’il ne reste plus rien à montrer.
C’est pour ça qu’il est essentiel de comprendre quelque chose.
Preuves et plainte — deux choses différentes
C’est peut-être la confusion la plus courante et la plus coûteuse.
Beaucoup de victimes ne font rien parce qu’elles sont convaincues de ne pas avoir de preuves. Et cette conviction, elle ferme une porte avant même d’avoir essayé de l’ouvrir.
Mais il y a quelque chose d’essentiel à comprendre. Rassembler des preuves et déposer plainte sont deux actes totalement distincts. On peut faire l’un sans avoir décidé l’autre. Et on peut, on doit même, les penser séparément.
Rassembler des preuves, c’est maintenant.
Dès que possible. Même si on ne sait pas encore ce qu’on va décider. Même si on n’est pas prêt(e) à parler. Même si on doute encore de ce qu’on a vécu.
Concrètement : cela veut dire consulter un médecin le plus tôt possible et lui demander de constater par écrit ce qu’il voit. Les bleus, les lésions, l’état psychologique. Un certificat médical daté, même sans porter plainte, est une pièce précieuse qui peut servir bien plus tard.
Cela veut dire photographier les traces visibles, avec la date et l’heure activées sur le téléphone si possible. Garder des captures d’écran de tous les messages, même ceux qui semblent anodins. Ne rien effacer. Conserver des objets ou des vêtements si des traces biologiques sont possibles, sans les laver.
Cela veut dire noter les faits. Les dates. Les circonstances. Ce qui a été dit. Ce qui a été fait. Pendant qu’on s’en souvient encore précisément. Un journal, même informel, peut avoir une valeur réelle dans une procédure.
Et si d’autres personnes ont été témoins, même indirectement, noter leurs noms. Des voisins qui ont entendu. Des collègues qui ont observé quelque chose. Un médecin ou un professionnel de santé à qui on a dit quelque chose.
Ce n’est pas s’engager dans une procédure. Ce n’est pas décider de porter plainte. C’est garder le choix ouvert. Se donner la possibilité de décider plus tard, librement, depuis le bon endroit, quand on est prêt(e). Ou de ne jamais le faire, mais d’avoir eu le choix.
Déposer plainte peut attendre
Ça se prépare. Ça se réfléchit. Ça se fait idéalement avec du soutien, une association d’aide aux victimes, un(e) avocat(e) spécialisé(e), quelqu’un qui connaît ces procédures et peut accompagner concrètement.
Le dépôt de plainte n’a pas à être fait seul(e), dans l’urgence, sans savoir ce qui va suivre. Il peut être préparé. Et cette préparation, elle change vraiment la façon dont on le vit.
Mais les preuves, elles n’attendront pas. Chaque jour qui passe, c’est une trace qui s’efface. Une date qui s’oublie. Un détail qui disparaît. Rassembler ce qu’on peut maintenant, c’est se donner une liberté de choix pour plus tard.
Ce que le silence coûte — et ce que la parole change
Le silence protège ceux qui font du mal. C’est aussi simple que ça.
Pas intentionnellement, dans la plupart des cas. La personne qui se tait ne choisit pas de protéger son agresseur, elle essaie de se protéger elle-même, de survivre, de tenir. Et c’est parfaitement compréhensible.
Mais le résultat est là. Tant que les violences restent dans l’ombre, dans les familles, dans les couples, dans les entreprises, rien ne change vraiment. Ni les mentalités. Ni les lois. Ni la façon dont les victimes sont accueillies quand elles osent parler.
Ce qui a changé ces dernières années, les affaires qui éclatent, les témoignages qui se multiplient, le regard de la société qui évolue lentement, c’est le résultat direct de personnes qui ont décidé de parler. Pas toutes devant un tribunal. Pas toutes avec un avocat. Parfois juste en disant à voix haute ce qu’elles avaient vécu.
Chaque parole compte. Même celle qu’on dit à un(e) seul(e) ami(e). Même celle qu’on note dans un carnet. Même celle qu’on dit à un médecin. Chaque fois qu’on nomme ce qu’on a vécu, pour soi, pas forcément pour le monde, quelque chose se déplace. On cesse d’être seul(e) avec ça.
La parole ne garantit pas la justice
C’est une réalité difficile à entendre, mais importante à savoir avant. 42% des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite. 86% pour les violences sexuelles. Le système a des failles profondes, documentées, et loin d’être résolues. Savoir ça avant de porter plainte, ce n’est pas pour décourager. C’est pour ne pas tomber de haut. Pour ne pas attendre que la justice valide ce qu’on a vécu pour commencer à se reconstruire.
Parce que la reconstruction, elle ne devrait pas dépendre d’un jugement. Elle commence maintenant. Quelle que soit l’issue de la procédure.
La parole ne devrait pas non plus être une obligation
C’est un droit. Et chacun(e) décide de l’exercer à son rythme, depuis l’endroit qui lui appartient. Pas sous pression. Pas parce que les proches poussent. Pas par peur de regretter. Mais parce qu’on est prêt(e), vraiment prêt(e), à traverser ce que ça implique.
Ce qui est sûr, dans tous les cas : personne ne devrait porter ça seul(e). Pas la douleur. Pas les doutes. Pas les démarches. Pas la reconstruction.
Des personnes formées et bienveillantes existent pour accompagner chaque étape, avant, pendant et après. Il suffit parfois d’un premier appel pour que quelque chose s’ouvre.
Ressources et accompagnement
Si vous traversez une situation difficile, ou si vous pensez à quelqu’un qui la traverse, des ressources existent.
📞 3919 — Violences Femmes Info. Gratuit, anonyme, disponible du lundi au vendredi de 9h à 19h, le week-end de 9h à 17h.
📞 119 — Enfance en danger. Gratuit, anonyme, disponible 24h/24. Si vous pensez qu’un enfant est en danger.
🏢 Le CCAS de votre commune — Centre Communal d’Action Sociale. Souvent méconnu, c’est pourtant l’un des premiers endroits vers lesquels se tourner. Présent dans chaque commune, le CCAS peut vous orienter vers les dispositifs d’aide existants localement, hébergement d’urgence, soutien psychologique, aide juridique, accompagnement social. Les professionnels qui y travaillent sont formés pour accueillir ces situations avec discrétion et sans jugement. Renseignez-vous auprès de votre mairie pour trouver les coordonnées de votre CCAS.
🌿 Un accompagnement personnalisé avec Clotilde — Petit Pas pour Soi
Parfois on ne sait pas par où commencer. On est perdu(e) entre les ressources disponibles, les démarches à faire, et ce qu’on ressent vraiment.
Je propose un premier échange téléphonique de 30 minutes — gratuit, sans engagement. Pour faire le point ensemble sur votre situation, vous orienter vers les ressources adaptées, et voir si un accompagnement peut vous aider à avancer.
Je ne remplace pas les professionnels du droit ou du social — mais je peux être ce premier pas vers quelqu’un qui écoute vraiment, qui connaît ces situations de l’intérieur, et qui sait vers qui vous orienter.
📩 clotilde@petitpaspoursoi.com
Pour aller plus loin
Le guide « Pour ne plus subir » — gratuit, téléchargeable en ligne. Pour mettre des mots sur ce que vous vivez, comprendre les mécanismes, et trouver les premières ressources concrètes.
Le podcast « De subir à choisir » — un nouvel épisode chaque samedi à 10h sur YouTube et Spotify. Pour avancer à votre rythme, comprendre ce qui se passe vraiment dans ces situations.


